Webinaire cycle féminin
đŸŽ™ïž Webinaire #5 ‱ SpĂ©cificitĂ©s fĂ©minines

Cycle féminin : mieux comprendre pour mieux performer

ProposĂ© dans le cadre des webinaires de la Ligue d’AthlĂ©tisme RĂ©gion Sud, ce rendez-vous consacrĂ© aux spĂ©cificitĂ©s fĂ©minines a permis d’aborder un sujet encore trop peu intĂ©grĂ© dans les pratiques d’entraĂźnement : l’impact du cycle menstruel sur la santĂ©, la rĂ©cupĂ©ration, la charge de travail et la performance sportive.

À travers une intervention prĂ©cise et pĂ©dagogique, ce webinaire a rappelĂ© que le cycle fĂ©minin ne doit ni ĂȘtre ignorĂ©, ni ĂȘtre rĂ©duit Ă  une contrainte. Mieux compris, il peut devenir un vĂ©ritable outil d’observation, d’adaptation et d’optimisation au service des athlĂštes comme des entraĂźneurs.

Le cycle menstruel reste encore un angle mort dans de nombreux environnements sportifs. Pourtant, il influence directement les sensations, la capacitĂ© Ă  encaisser certaines charges, la rĂ©cupĂ©ration, la disponibilitĂ© Ă©nergĂ©tique et, plus largement, l’équilibre gĂ©nĂ©ral de l’athlĂšte. C’est Ă  partir de ce constat que ce cinquiĂšme webinaire a proposĂ© une lecture structurĂ©e, accessible et concrĂšte de cette question, en reliant donnĂ©es physiologiques, rĂ©alitĂ©s de terrain et pistes d’adaptation de l’entraĂźnement.

Comprendre le cycle pour mieux lire les signaux du corps

Le webinaire est revenu d’abord sur le fonctionnement gĂ©nĂ©ral du cycle menstruel. Dans sa forme la plus classique, celui-ci s’organise autour de deux grandes phases physiologiques. La premiĂšre, dite folliculaire, est marquĂ©e par la montĂ©e progressive des ƓstrogĂšnes jusqu’à l’ovulation. La seconde, dite lutĂ©ale, voit ensuite progresser la progestĂ©rone. Ces variations hormonales ne sont pas thĂ©oriques : elles ont des effets concrets sur l’organisme et peuvent influencer la maniĂšre dont une athlĂšte perçoit et supporte l’entraĂźnement.

L’ovulation a Ă©tĂ© prĂ©sentĂ©e comme un repĂšre central. Elle permet non seulement de comprendre la durĂ©e des phases, mais aussi d’évaluer si le cycle fonctionne correctement. Lorsqu’elle n’a pas lieu, ou lorsque le cycle devient anormalement long, irrĂ©gulier ou absent, cela peut rĂ©vĂ©ler un dĂ©rĂšglement plus profond. Le webinaire a ainsi rappelĂ© qu’un cycle rĂ©gulier est un indicateur de santĂ©, et non un dĂ©tail secondaire.

Des hormones aux effets bien distincts sur la performance

Les ƓstrogĂšnes, plus prĂ©sents dans la premiĂšre moitiĂ© du cycle, ont Ă©tĂ© dĂ©crits comme particuliĂšrement intĂ©ressants dans la logique de performance. Ils favorisent notamment le dĂ©veloppement musculaire, la disponibilitĂ© du glucose, le stockage du glycogĂšne et la tolĂ©rance aux efforts intenses. Ils jouent Ă©galement un rĂŽle positif sur l’humeur, la motivation, l’immunitĂ©, la santĂ© osseuse et la prĂ©vention de certaines courbatures. En d’autres termes, cette phase est souvent plus favorable aux sĂ©ances exigeantes en force, puissance ou vitesse.

À l’inverse, la progestĂ©rone, davantage prĂ©sente dans la phase lutĂ©ale, produit d’autres effets. Elle favorise plutĂŽt l’oxydation des lipides, augmente la tempĂ©rature corporelle, la frĂ©quence cardiaque et la frĂ©quence respiratoire, et s’inscrit dans une dynamique plus tournĂ©e vers l’endurance, le calme, l’endormissement et certaines formes d’introspection. Cela ne signifie pas qu’une athlĂšte devient incapable de performer dans cette pĂ©riode, mais que les ressentis peuvent changer, tout comme les rĂ©ponses Ă  certains contenus d’entraĂźnement.

Le webinaire a Ă©galement rappelĂ© que la testostĂ©rone, bien qu’encore imparfaitement connue dans sa cyclicitĂ© fĂ©minine, reste un paramĂštre liĂ© Ă  la force, Ă  la compĂ©titivitĂ©, Ă  la puissance et Ă  la masse musculaire. Sa corrĂ©lation avec les ƓstrogĂšnes renforce encore l’idĂ©e qu’il existe, au cours du cycle, des fenĂȘtres plus favorables Ă  certaines qualitĂ©s physiques.

Un cycle irrĂ©gulier n’est jamais anodin

L’un des points les plus marquants du webinaire concerne les consĂ©quences d’un cycle irrĂ©gulier ou absent. Un cycle rĂ©gulier se situe globalement entre 21 et 35 jours, avec peu de variations d’un mois Ă  l’autre. Au-delĂ , on entre dans des situations qui doivent alerter : oligomĂ©norrhĂ©e, amĂ©norrhĂ©e secondaire ou, chez les plus jeunes, amĂ©norrhĂ©e primaire lorsque les premiĂšres rĂšgles n’apparaissent pas Ă  l’ñge attendu.

Ces troubles ne relĂšvent pas uniquement du confort ou de l’organisation personnelle. Ils peuvent traduire une carence hormonale, notamment en ƓstrogĂšnes, et avoir des rĂ©percussions importantes sur la santĂ© osseuse, vasculaire et gĂ©nĂ©rale. Le webinaire a insistĂ© sur ce point : l’absence de rĂšgles ou les cycles durablement perturbĂ©s doivent ĂȘtre pris au sĂ©rieux et conduire Ă  une orientation mĂ©dicale.

Le RED-S : quand le corps passe en Ă©conomie d’énergie

La question du RED-S – dĂ©ficit Ă©nergĂ©tique relatif dans le sport – a occupĂ© une place importante dans l’intervention. Le principe est clair : lorsque les apports Ă©nergĂ©tiques ne couvrent plus correctement les dĂ©penses liĂ©es Ă  l’entraĂźnement et Ă  la vie quotidienne, l’organisme se met en mode Ă©conomie. Il privilĂ©gie les fonctions vitales et met en retrait ce qui n’est pas jugĂ© prioritaire, comme la fonction reproductive.

Le cycle menstruel devient alors un rĂ©vĂ©lateur. Des troubles du cycle peuvent ĂȘtre les premiers signes visibles d’une faible disponibilitĂ© Ă©nergĂ©tique. Et les consĂ©quences sportives sont nombreuses : rĂ©cupĂ©ration diminuĂ©e, baisse de motivation, diminution de la force, de la puissance, de l’endurance, altĂ©ration de la rĂ©ponse Ă  l’entraĂźnement, augmentation du nombre de jours manquĂ©s, fatigue chronique et hausse du risque de fracture de fatigue. Le webinaire a rappelĂ© Ă  ce titre que ce risque pouvait ĂȘtre fortement augmentĂ©.

Autre point important : ce déséquilibre ne concerne pas uniquement les athlÚtes trÚs maigres. Une sportive peut avoir un poids ou un IMC jugé normal et se trouver malgré tout en déficit énergétique relatif, simplement parce que ses dépenses dépassent durablement ses apports.

SymptÎmes menstruels, douleurs et vigilance médicale

Le webinaire a Ă©galement pris le temps d’aborder les symptĂŽmes menstruels. Fatigue, douleurs, crampes, saignements abondants ou baisse de forme ne doivent pas ĂȘtre niĂ©s, mais observĂ©s. Les rĂšgles abondantes, par exemple, peuvent favoriser une baisse des rĂ©serves en fer et accentuer encore la fatigue. Dans certains contextes – stage, altitude, charge importante – cela peut rendre certaines sĂ©ances nettement plus difficiles Ă  absorber.

Des repĂšres concrets ont Ă©tĂ© donnĂ©s pour distinguer ce qui peut relever d’une symptomatologie frĂ©quente et ce qui doit alerter davantage. Une douleur trop intense, un nombre excessif de symptĂŽmes ou une gĂȘne durable doivent conduire Ă  une prise en charge. L’endomĂ©triose a notamment Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e comme une pathologie frĂ©quente, encore marquĂ©e par une forte errance diagnostique, et qui mĂ©rite d’ĂȘtre mieux repĂ©rĂ©e dans le monde sportif.

Le webinaire a enfin prĂ©sentĂ© quelques leviers pratiques pour soulager les douleurs de rĂšgles : chaleur, mobilitĂ©, respiration, travail doux, massage, automassage, yoga, Pilates, endurance lĂ©gĂšre Ă  modĂ©rĂ©e, voire pose de kinĂ©sio-tape dans certains cas. L’idĂ©e n’était pas d’ériger une mĂ©thode miracle, mais de montrer qu’il existe des solutions concrĂštes pour Ă©viter de subir systĂ©matiquement ces phases.

Adapter l’entraünement ne veut pas dire s’entraüner moins

C’est sans doute l’un des messages les plus utiles du webinaire : intĂ©grer le cycle fĂ©minin dans la prĂ©paration ne signifie pas rĂ©duire automatiquement la charge. Il s’agit plutĂŽt de mieux la rĂ©partir. Certaines fenĂȘtres semblent plus favorables Ă  l’intensitĂ©, d’autres davantage orientĂ©es vers la rĂ©cupĂ©ration, le travail technique, l’endurance fondamentale, le gainage, la stabilitĂ© ou le renforcement plus lĂ©ger.

L’intervention a montrĂ© que, Ă  l’échelle d’un cycle complet, le volume global de travail pouvait rester identique. Ce qui change, c’est la rĂ©partition des sĂ©ances intensives et modĂ©rĂ©es. La logique consiste donc Ă  exploiter au mieux les pĂ©riodes les plus favorables, sans oublier que chaque athlĂšte rĂ©agit diffĂ©remment et que mĂȘme chez une mĂȘme sportive, les ressentis peuvent varier d’un cycle Ă  l’autre.

Cette approche vaut aussi bien pour la course que pour le renforcement musculaire. Force, hypertrophie, pliomĂ©trie, exercices dynamiques ou charges plus lourdes peuvent ĂȘtre davantage placĂ©s dans les phases favorables, tandis que la deuxiĂšme moitiĂ© du cycle peut parfois se prĂȘter davantage Ă  la mobilitĂ©, au gainage, Ă  la stabilitĂ©, au travail postural ou au contrĂŽle moteur.

Observer, dialoguer, individualiser

Le webinaire n’a jamais prĂ©sentĂ© ces repĂšres comme un dogme. Au contraire, il a insistĂ© sur le caractĂšre profondĂ©ment individuel du cycle. La premiĂšre Ă©tape consiste donc Ă  sensibiliser les athlĂštes, puis Ă  les amener Ă  observer leurs ressentis au fil des phases, Ă  l’aide d’un calendrier ou d’une application. Une fois ces repĂšres identifiĂ©s, l’échange avec l’entraĂźneur devient la clĂ©.

Une simple question sur l’état de forme du jour peut parfois fournir un indicateur trĂšs utile. L’objectif est d’entrer dans une logique d’écoute, d’ajustement et de dĂ©claration du ressenti, sans rigiditĂ©. L’athlĂšte reste libre de partager ou non certaines informations, mais plus le dialogue est possible, plus l’adaptation devient fine et pertinente.

Briser le tabou pour faire évoluer les pratiques

Au-delĂ  de la physiologie, ce webinaire pose aussi une question de culture sportive. Le cycle fĂ©minin reste encore peu abordĂ©, parfois par gĂȘne, parfois par manque de formation, parfois simplement parce qu’il n’a jamais vraiment Ă©tĂ© intĂ©grĂ© dans les habitudes d’encadrement. Pourtant, les chiffres Ă©voquĂ©s dans l’intervention montrent qu’une grande partie des sportives se sentent encore insuffisamment informĂ©es sur l’impact de leur cycle sur leur entraĂźnement.

En ouvrant cet espace d’échange, la Ligue d’AthlĂ©tisme RĂ©gion Sud contribue Ă  faire avancer les reprĂ©sentations. Non pour imposer un modĂšle unique, mais pour rappeler qu’il s’agit lĂ  d’un paramĂštre de santĂ©, de performance et de prĂ©vention qui mĂ©rite pleinement sa place dans la rĂ©flexion d’entraĂźnement.

Le message final est clair : le cycle ne doit pas ĂȘtre subi. Mieux compris, mieux observĂ© et mieux intĂ©grĂ©, il peut devenir un levier prĂ©cieux pour accompagner les athlĂštes de maniĂšre plus juste, plus moderne et plus efficace.

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